Brèves de rencontres


Vous trouverez ici des témoignages d’internautes qui racontent des expériences de rencontre qui les ont marquées.

Si vous aussi, vous souhaitez partager votre histoire, envoyez-nous votre texte. Peut-être serez-vous lu(e) par la personne que vous avez croisée, au bout du monde ou au coin de votre rue, il y a 20 ans ou hier... Si le texte est retenu, nous le mettrons en ligne.Voir modalités


  • J'avais 25 ans

    De Helene94
     
    J’avais à peine 25 ans et déjà mariée depuis 3 ans quand cette rencontre a eu lieu. Nous étions mon mari et moi, en vacances dans un lieu paradisiaque du sud de la France, accompagnée de nos 2 enfants, Adeline âgée d’à peine 3 ans et Boris qui venait juste d’avoir 6 mois.
     
    Notre lune de miel était déjà un lointain souvenir et je dois dire que le couple que nous formions à cette époque n’avait plus grand chose à voir avec cette période d’engouement.  Patrick avait ce qu’on appelle un esprit de contradiction mais sans doute que les sentiments qu’il me portait à cette époque avaient étouffé chez lui ce vice de caractère puisque je ne m’en suis aperçue que beaucoup plus tard. Lorsque cette histoire est arrivée, il avait pris l’habitude depuis déjà fort longtemps de me contredire ou de me reprendre, et de critiquer tout ce que je faisais.
     
     Au début, cela ne m’a pas inquiété. Puis le temps passant, ses critiques ont fini par me culpabiliser à tel point que j’hésitais à prendre une décision ou à exprimer une opinion, ce qui généralement avait pour effet d’empirer la situation.  Je réduisis donc ma liberté d’action et de parole au strict minimum mais malgré le peu de substance que je procurais à Patrick, l’humeur qu’il me manifesta, sous couvert d’une rationalité que je n’avais soi-disant pas, continua à s’exprimer, certes de la façon la plus doucereuse qui soit, « ma chérie, tu dis des bêtises « mais elle se répétait, et en se répétant, elle finissait par me blesser aussi sûrement qu’un coup de poing dans la figure.
     
    Evidemment, j’ai l’air de me donner des circonstances atténuantes sur ce qui s’est passé, mais c’est faux et pour au moins cette raison, c’est qu’il ne s’est rien passé. Je ne cacherai pas néanmoins que je le regrette.
     
    ça commencé à cause d’une petite fille, un petit bout de chou qui ne devait pas avoir 5 ans. Elle jouait beaucoup avec Adeline dans le petit bassin. Je m’asseyais en général sur son rebord, les pieds dans l’eau avec un livre à la main, que je reposais régulièrement sur mes genoux pour surveiller les enfants.  Patrick était rarement à la piscine, préférant la course à pieds ou de longues balades en vélo. Je dois reconnaitre que je ne m’en plaignais pas.
     
     Cette petite avait un esprit vif et charmeur que montrait déjà son visage. Elle avait en outre un je ne sais quoi d’attendrissant, peut-être à cause de l’expression triste qui passait par moment, furtivement, dans son regard. Elle allait de temps en temps rejoindre son père qui se tenait un peu plus loin dans la partie du grand bassin et qui était allongé sur une serviette à même le sol, avec un livre.
     
    Le 3ème ou 4ème jour, je ne sais plus très bien, je lui demandais où était sa maman et elle me répondit qu’elle n’avait pas de maman. Cela m'émut au plus haut point et je ne pus résister alors à l’envie de lui acheter une poupée. Même si ma démarche était sincère, je savais qu’en lui offrant cette poupée, je me donnais toutes les chances d’avoir un remerciement de son père dont j’avais pu, d’assez loin, apercevoir qu’il était plutôt « beau gosse ». Et évidemment, cela n’a pas manqué. Il s’est approché de moi un matin, m’a remercié chaleureusement et nous avons commencé à sympathiser.
     
    Il était instructeur dans l’aviation pour les pilotes de chasse. Lui-même avait bien sûr été pilote mais il avait été grièvement blessé à l’occasion d’un appontage qu’il avait raté à cause d’une violente rafale de vent qui l’avait déporté dur le flanc de son porte avion. Puis il m’a raconté que sa femme était morte 3 ans auparavant et qu’il reprenait le dessus seulement maintenant. Je ne tardais pas à tomber terriblement amoureuse de lui.
     
    Le temps a passé vite et nous nous en sommes toujours tenus à de simples et innocents bavardages, en apparence tout au moins, car au fond de moi, je suis persuadée que ses sentiments à mon égard étaient de même nature que les miens.
     
    C’est le dernier jour où tout a failli basculer. Comme il savait que nous partions ce jour-là et qu’il n’avait pas l’espoir de me retrouver à la piscine à cause du temps pluvieux, il s’approcha de notre table au petit déjeuner, salua courtoisement Patrick, et me serra la main en guise d’adieu. Je sentis immédiatement dans ma main que s’y était collé un corps étranger, c’était un petit bout de papier qu’il avait pris soin d’enrober de colle et sur lequel était inscrit son numéro de téléphone. Je failli courir vers lui quand il nous quitta, laissant homme et enfants, mais la raison fut plus forte. Je ne courus pas et pire, je ne l’appelai jamais.
     
    Pour quelle raison ? Je me le demande aujourd’hui, puisque finalement, quelques années plus tard, je divorçais.